Sur les parcs solaires français, une petite révolution avance à quatre pattes. L’agrivoltaïsme ovin — l’élevage de moutons sous et entre les panneaux photovoltaïques — n’est plus une curiosité expérimentale : il s’impose comme un modèle sérieux de double usage des sols. Et les retours de terrain réservent une surprise. Loin de se contenter de tondre l’herbe, les troupeaux contribueraient aussi à améliorer le rendement des installations. Décryptage d’un partenariat inattendu entre l’élevage et l’énergie.
Un même terrain, deux productions
Le principe est limpide : au lieu d’opposer terres agricoles et centrales solaires, l’agrivoltaïsme les fait cohabiter. Les panneaux produisent de l’électricité ; en dessous, les moutons pâturent une herbe qu’ils entretiennent naturellement. Selon l’institut allemand Fraunhofer, référence mondiale sur l’énergie solaire, cette combinaison peut augmenter jusqu’à 60 % l’efficacité globale d’utilisation d’une parcelle, puisqu’elle génère à la fois de la nourriture, de l’énergie et des services écologiques.
En France, la filière se structure. Une étude conduite en 2024 par l’INRAE avec les énergéticiens Statkraft et CVE a confirmé les effets positifs du pâturage ovin sous les panneaux. Le premier parc de ce type dans le Jura est d’ailleurs attendu sur les communes d’Arbois et d’Abergement-le-Grand.
L’effet inattendu : des panneaux plus efficaces
C’est le point qui intrigue autant les éleveurs que les exploitants. En broutant, les moutons maintiennent une végétation basse et vivante autour des modules. Or cette couverture végétale rafraîchit l’air ambiant : les panneaux photovoltaïques, plus performants lorsqu’ils chauffent moins, peuvent alors produire un peu plus d’électricité. L’ampleur du gain dépend du climat et de la nature du sol, mais le mécanisme est réel — un cercle vertueux où la présence animale sert directement la production énergétique.
À l’inverse, les panneaux rendent service au troupeau en lui offrant de l’ombre. Ce bénéfice réciproque distingue l’agrivoltaïsme d’une simple superposition d’usages : chaque partie tire profit de l’autre.
Ce que ça change concrètement pour l’éleveur
- Moins d’entretien mécanique : les moutons remplacent tondeuses et débroussailleuses, ce qui réduit les coûts et le recours aux herbicides.
- Un fourrage préservé : l’ombre ralentit la pousse de l’herbe et l'empêche de griller lors des canicules, prolongeant la ressource disponible.
- Un revenu complémentaire : la mise à disposition des terrains sécurise l’exploitation face aux aléas climatiques et de marché.
- Du carbone stocké : un pâturage bien géré peut accroître le stock de carbone du sol de 10 à 80 % selon des travaux nord-américains.
Bien-être animal : le grand gagnant
En Australie, une vaste étude portant sur environ 1 700 moutons mérinos a montré que les bêtes profitent de l’ombre des panneaux pour mieux résister à la chaleur et produire une laine de meilleure qualité. Abrités et moins stressés, les animaux passent davantage de temps à se reposer et à ruminer. Un gain de confort qui rejaillit sur la santé du troupeau et, in fine, sur la rentabilité de l’élevage.
Des garde-fous nécessaires
Le succès du modèle attire aussi la vigilance. Associations et défenseurs de l’environnement rappellent qu’un projet agrivoltaïque doit rester au service de l’agriculture, et non l’inverse : l’élevage ne doit pas devenir un simple alibi pour couvrir un terrain de panneaux. La règle de bon sens fait consensus : la production agricole demeure l’activité principale, l’énergie n’étant qu’un complément. À ces conditions, moutons et photovoltaïque forment un duo prometteur pour la transition écologique.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’agrivoltaïsme ovin ?
C’est l’association, sur une même parcelle, d’une production d’électricité solaire et d’un élevage de moutons qui pâturent sous les panneaux. Les deux activités se rendent mutuellement service : entretien du sol d’un côté, ombre et abri de l’autre.
Les moutons améliorent-ils vraiment le rendement des panneaux ?
Indirectement, oui. En entretenant une végétation basse qui rafraîchit l’environnement des modules, ils limitent leur échauffement ; or un panneau moins chaud produit un peu plus d’électricité. Le gain reste variable selon le climat et le sol.
Ce modèle est-il rentable pour l’éleveur ?
Il réduit les coûts d’entretien des terrains et procure un revenu complémentaire, tout en préservant le fourrage. La rentabilité dépend toutefois de la taille du troupeau et des conditions du contrat conclu avec l’exploitant du parc.
Sources
- L’Energeek — 40 moutons sous des panneaux solaires
- JVTech — Une étude sur 1 700 moutons
- France 3 Régions — Un parc agrivoltaïque dans le Jura
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